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Publié : 23 novembre 2005

le jeu d’échecs à l’école élémentaire

Le jeu d’échecs
 
Le jeu d’échecs à l’école
 
Faut-il jouer aux échecs à l’école ? Ce jeu a-t-il sa place dans les programmes de l’enseignement primaire ? Où et quand situer cette activité ? A l’heure où l’Education Nationale tente de diversifier ses pratiques, de s’ouvrir sur le monde, à travers des partenariats, de développer davantage les compétences transversales, la pédagogie du jeu d’échecs s’inscrit dans cette modernité éducative.
 
Le jeu
 
Le jeu, activité fondamentale de l’enfant, lui permet de faire la différence entre le réel et l’imaginaire et participe de son équilibre affectif et intellectuel. On distingue principalement deux formes de jeu : le jeu libre et le jeu à règles. « Si ces deux formes permettent à l’enfant diverses acquisitions structurantes, le plaisir, basé sur la concentration et l’introspection de ses connaissances est bien différent du plaisir obtenu dans un jeu non soumis à une structure préétablie, ni à aucune règle stricte. » (Nicole de Grandmont, Pédagogie du jeu.) Jeu à règles, le jeu d’échecs est mondialement admis dans la catégorie des jeux éducatifs. Il induit et implique la mise en place de compétences transversales, tant dans le domaine des savoirs-être que dans celui des savoirs-faire " ; il offre également de nombreuses passerelles entre les champs disciplinaires.
S’inscrivant dans un domaine où, contrairement à beaucoup d’activités scolaires, les difficultés rencontrées par certains élèves n’ont pas cristallisé une attitude de renoncement et de résignation, le jeu d’échecs peut contribuer à lutter contre" l’échec" scolaire, à travers une « pédagogie de la réussite », où la motivation des apprenants permet d’effectuer une remédiation.
 
Le jeu d’échecs, projet éducatif
 
L’analyse des besoins des enfants a mis en évidence la nécessité de mettre en place des dispositifs spécifiques de remédiation dans le domaine du raisonnement.
Dans le cadre de l’école, l’introduction du jeu d’échecs constitue l’un de ces dispositifs.
 
Les objectifs
 
Le jeu d’échecs a pour objectifs, à travers un cadre ludique, de développer la réflexion, le raisonnement, la concentration, la mémoire ; il permet de développer certaines facultés d’abstraction qui conduisent à l’élaboration de stratégies de plus en plus complexes, de plans coordonnés. Il contribue à la formation à la citoyenneté de l’enfant en développant ses aptitudes à réfléchir avant d’agir, la nécessité de tenir compte de l’autre, d’assumer ses erreurs ; il permet de canaliser l’agressivité, l’égocentrisme. Il permet l’accès à une .connaissance hétérogène, individualisée et évolutive, facteur d’égalité et de réussite.
 
Contenus :
 Dans une démarche heuristique, avec d’emblée des informations minimales et suffisantes, l’enfant construit progressivement sa maîtrise sur un environnement qui lui permet de tester des états hypothétiques.
Outre l’aspect technique, les objectifs visés sont des objectifs transversaux, transférables à d’autres disciplines scolaires, "facilitateurs" dans le domaine des savoirs être, des savoir-faire, des savoirs
 
I) Les savoirs-être :
 
- opérations mentales : réfléchir, se concentrer, anticiper, combiner, induire, déduire, trier, classer, analyser, mémoriser, émettre des hypothèses, explorer son pouvoir créatif, prendre conscience et gérer le temps
 
La motivation : Etre motivé, motiver ses actes, c’est comprendre la finalité d’une démarche et l’inscrire dans un processus évolutif. Or, bien souvent les apprentissages scolaires s’effectuent dans" l’implicite". Les règles institutionnelles de l’école sont peu connues des parents et parfois des élèves... Quand on joue aux échecs, le gain d’une partie ne s’obtient qu’avec" l’échec et mat" ultime. La réussite s’inscrit dans une démarche explicite où la finalité est clairement déterminée, indispensable pour une réussite scolaire.
La maîtrise de soi : Avec la médiation du jeu d’échecs, les enfants s’évaluent, se jaugent... Ils régulent leur comportement, maîtrisent leurs émotions, acceptent la défaite, porteuse de futures réussites (elle fait partie du jeu). Une partie est évolutive : la fatalité n’existe pas : on peut renverser une situation si l’on est déterminé, conscient que l’on est, en l’occurrence, le seul acteur véritablement responsable de sa victoire. On stimule ainsi sa combativité ou, au contraire, on canalise une agressivité anarchique.
La gestion du temps : La patience est rarement la qualité première des enfants. Aux échecs, il faut apprendre à suspendre son action, anticiper certains résultats. Les enfants joueurs d’échecs découvrent la vertu du temps, de ce temps nécessaire au bon déroulement du jeu. Condition de la réussite, la patience devient une de leurs qualités. Les plus grands, ceux qui jouent à la pendule (temps équitable et limité) sont amenés à gérer efficacement le temps imparti, à temporiser, mais aussi à accélérer selon les phases de jeu et le temps restant. Cette gestion du temps de jeu pourra aisément se transposer à tout autre domaine (examens, organisation de son travail à la maison ...).
 
- Stratégies : coordonner ses ressources, mettre en place des systèmes de réponse (arbres de décision), articuler des indices pour construire le sens d’une situation, définir une action, la simuler mentalement, valider une hypothèse, planifier et contrôler la démarche, auto évaluer le résultat.
 
L’esprit de décision : Il est l’un des pôles essentiels de l’exercice de la volonté. Les connaissances stratégiques acquises par l’apprenant vont lui permettre d’évaluer progressivement une position, d’analyser une situation : à partir de là, la décision devra s’ensuivre, appropriée, sans tergiversation inutile. Là encore, la transposition aux activités scolaires est évidente : l’exécution de divers exercices, la résolution de nombreux problèmes, la gestion du temps imparti sont souvent liés à l’esprit de décision.
 
- comportements sociaux : respecter l’adversaire, maîtriser l’impulsivité, accepter la défaite, assumer la victoire, développer une agressivité contrôlée...
 
Le respect des règles : En dehors des règles élémentaires, il existe des principes généraux à respecter, qui incitent à la réflexion, freinent l’impulsivité... Avec les règles, l’enfant structure son plan, se structure socialement et découvre la nécessité de respecter d’autres règles, des lois, de bonnes relations entre individus.
Le respect de l’adversaire : Respecter l’adversaire, c’est respecter" l’autre". L’échec et mat ne
souffre pas de contestation. En acceptant la défaite, en la relativisant, l’enfant apprend qu’il va vivre avec et contre l’autre. En effet, l’adversaire est aussi un partenaire.
 
 
II) Les savoirs-faire :
 
Plusieurs opérations mentales nécessaires aux apprentissages sont sollicitées dans la pratique du jeu d’échecs.
 
Reconnaître : L’aspect exponentiel des variantes jouables dans une partie d’échecs implique une classification d’ouvertures que les élèves s’approprient en jouant. Cette reconnaissance de positions observées ou étudiées leur permet d’aller à l’essentiel et de ne pas tergiverser dans des situations dont l’analogie permet une intervention mentale rapide et efficace.
Anticiper : L’anticipation est le domaine de prédilection des joueurs d’échecs. On ne peut gagner aux échecs sans avoir un projet, sans calculer des variantes. Un grand maître des échecs disait d’ailleurs : « Un mauvais plan vaut mieux que pas de plan du tout ! », ce qui n’est pas si éloigné de notre fameux tâtonnement expérimental.
Analyser : Le jeu d’échecs repose sur des théories étayées à l’épreuve du temps et de l’expérimentation, autant que les lois mathématiques ou les grands principes physiques. Ces théories sont acquises après une période d’initiation où les jeunes constatent que l’empirisme ne permet pas d’évoluer suffisamment. De ce constat lié à l’envie de gagner naît le besoin d’apprendre les grands principes du jeu. Dialectiser : Le jeu d’échecs repose sur une conception dialectique du monde : d’une opposition très symbolique entre les" noirs" et les" blancs ", naît un affrontement fondé sur une approche stratégique où la rupture de position ( avec ses éléments "tactiques" ) succède à l’équilibre harmonieux du début de partie ( en cas de niveau homogène des protagonistes, bien sûr...)... Les hypothèses et les élaborations de chacun sont battues en brèche par l’adversaire qui, tout en s’efforçant de mener à bien son plan, doit sans cesse contrer celui de son adversaire, rendant ainsi la position de plus en plus complexe, selon le schéma dialectique bien connu ( affirmation / négation / négation de la négation, devenant elle-même une nouvelle affirmation, à un niveau" supérieur ", selon la théorie dialectique du développement" en spirale" ). Par ailleurs, ce sont les efforts de chacun pour sortir victorieux de cet affrontement mental
qui aboutissent à ce que l’on appelle" une belle partie ", où le plaisir esthétique finit souvent par l’emporter sur le sentiment belliqueux ( on se serre la main avant et après une partie et on analyse ensemble la partie, lorsqu’elle a été notée).
Se décentrer : C’est une opération mentale indispensable pour jouer aux échecs. En effet, il faut sans arrêt épouser le point de vue de l’autre, retourner mentalement l’échiquier afin de mieux réfuter la stratégie adverse, mais aussi pour mieux évaluer ses propres faiblesses. On conseille d’ailleurs aux joueurs néophytes, lors d’une partie longue, de se lever et de prendre du recul, afin de considérer, géographiquement et mentalement, la position sous un autre angle...
Synthétiser : C’est de la nécessité de développer, aux échecs comme dans d’autres domaines, l’esprit de synthèse, que naît la réflexion sur la pédagogie du jeu d’échecs. En effet, apprendre presque par cœur des schémas théoriques comme le font certains joueurs ne permet pas de progresser. Par contre, un certain nombre de difficultés vécues sur l’échiquier dans des situations données vont créer une situation favorable à l’étude synthétique de ces difficultés, en les regroupant, en les classant afin de trouver comment y remédier. Lors des cours d’échecs, chacun émet des hypothèses, fruits de ses diverses expérimentations, et on aboutit ainsi à une synthèse correspondant à une loi, un principe issu de la généralisation des expériences.
Diverger : C’est l’une des plus passionnantes qualités du jeu d’échecs en effet, tous les " savoirs-être" et " savoirs-faire" requis pour jouer aux échecs sont transposables à d’autres domaines, d’autres activités, scolaires ou autres... Le jeu d’échecs, dans sa pédagogie, son esthétique qui valorise un apprentissage ludique, est un modèle analogique que l’on gagnerait sans doute à utiliser davantage dans diverses structures éducatives. Loin d’enfermer l’individu sur un quadrilatère étriqué, il permet de " rapprocher des éléments considérés comme n’ayant pas de raison d’être associés et développe ainsi la créativité.
 
III) Les savoirs
 
- connaissances : utiliser un langage nouveau de communication, prendre conscience de l’espace à travers l’espace échiquéen, ses propriétés, ses limites, utiliser axes et lignes, assimiler des règles de déplacement, de relation (menaces, protection, échec, mat), se servir du support échiquéen dans des situations de découverte, de créativité